Arrestation du photojournaliste Raúl Capín

Traduction de l’article de Marta G. Franco et Diego Sanz Paratcha publié par « Diagonal Periódico »

Mise à jour à 19 h 30 suite à l’arrestation d’un autre photographe 

Les photojournalistes Raúl Capín et Adolfo Luján ont été arrêtés chez eux pour être entendus. La police accuse le premier d’avoir agressé des policiers pendant des manifestations et le deuxième de diffuser des diffamations sur les réseaux sociaux.

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Raúl Capín lors d’une manifestation en avril | Photo : Juan Martín Zarza

Le photojournaliste Raúl Capín, photographe freelance et collaborateur régulier deDiario Independiente Digital et Mundo Obrero, a été arrêté en milieu de journée ce mercredi à son domicile à Madrid, pour troubles à l’ordre public et outrage, d’après des personnes qui ont pu entrer en contact avec lui par l’intermédiaire du Collège des Avocats. Capín a été conduit au commissariat de Moratalaz (Madrid) et a été entendu vers 17 heures. Un deuxième photojournaliste, Adolfo Luján, qui prend lui aussi des photos des mobilisations et les diffuse sur Internet, était arrêté à peu près à la même heure.

Selon les mêmes sources, Raúl Capín a été arrêté par des agents du groupe 21 de la police nationale, spécialisé dans l’information sur les activités des mouvements sociaux. « Tout porte à croire que son arrestation a un lien direct avec son activité professionnelle. Raúl est un photographe qui couvre les actions des mouvements sociaux et il est là quand il se passe quelque chose », expliquent-ils.

La préfecture a informé les médias que Capín est accusé d’avoir agressé des policiers durant les manifestations du 23 février et du 25 avril. Luján (@Popicinio sur Twitter) a été arrêté pour avoir calomnié la police sur les réseaux sociaux.

Devant le commissariat, l’avocat de Raúl a confirmé qu’il a été interrogé sur ces deux journées et qu’il passera la nuit en garde à vue. Adolfo est assisté par un avocat commis d’office. On ne connaît pas d’autres détails sur sa situation. Amis et collectifs proches des deux photojournalistes sont restés rassemblés devant le commissariat et ont été identifiés par la police.

Signalement dans la presse

Capín avait été désigné par la presse conservatrice comme un prétendu provocateur extrémiste infiltré dans les manifestations. Le 17 avril, le journal ABC publiait un article signé Carlos Hidalgo – chroniqueur spécialisé en « sources policières » – affirmant que la police enquêtait sur des « radicaux de gauche » qui « participent à des manifestations et des protestations de rue en s’abritant derrière de fausses accréditations de presse ». Dans sa version papier, l’article était accompagné de trois photographies de Raúl, le visage flouté, au milieu d’autres photojournalistes qui, eux, ne l’étaient pas.

Quatre jours plus tôt, El Mundo et La Razón publiaient en une des images de la manifestation de la PAH (Plateforme des Victimes de l’Hypothèque) devant le domicile du président du Congrès, Jesús Posada, sur lesquelles il apparaissait également, en l’identifiant comme manifestant et non comme journaliste. Mundo Obrero a dénoncé la manipulation et Juan Ramón Robles a réalisé cette vidéo sur les intimidations dont ont été victimes les journalistes :


Le 1er mai, alors qu’il couvrait une manifestation antifasciste, la police l’a à nouveau identifié. Sur cette vidéo de Jaime Alekos, on peut voir à 2 mn 05 le dialogue entre le journaliste et un officier de police qui refusait d’accepter son accréditation. « Tu me laisses tes papiers, parce que tu n’es pas journaliste. » Capín lui a tendu son brassard du Collège des Journalistes de Barcelone, ce à quoi l’officier a répondu : « Ça ne vous accrédite pour rien du tout. Vous vous faites passer pour un journaliste. Vous me donnez vos papiers comme n’importe quel citoyen ».

En juillet 2012, le photojournaliste avait été agressé par des CRS tandis qu’il photographiait une manifestation de mineurs à Madrid.

Participation à une plateforme de reporters

Raúl participe actuellement à la création d’une plateforme de reporters (sans distinction entre professionnels et activistes) pour agir conjointement contre la répression policière qu’ils subissent lors qu’ils couvrent des expulsions, des rassemblements et des manifestations à Madrid. Des médias alternatifs qui sont en train de s’y joindre ont signé un communiqué de soutien. Dans la même lignée, le collectif Fotogracción diffuse un autre texte qui définit Capín comme un « témoin gênant » pour les agissements des autorités.

Des personnes collaborant à des projets comme Toma La Tele, Audiovisol, Tele K et Diagonal ont dénoncé une augmentation des intimidations de la part de la police ces derniers mois, tandis que le ministère de l’Intérieur insiste sur le fait qu’ils doivent porter un gilet permettant de les identifier, gilet que seul les membres de l’ANIGP-TV (Association nationale des reporters graphiques de Presse et de TV) ou de la FAPE (Fédération des associations de journalistes d’Espagne) peuvent obtenir. Pour pouvoir entrer dans ces associations, il faut être employé comme journaliste, ce qui empêche les activistes ou les freelances occasionnels d’en faire partie.

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