C’est rigolo mais c’est faux

On pourrait croire à un titre du Gorafi. L’histoire est tellement incroyable que la première réaction est d’éclater de rire. Puis on remarque que c’est publié par un média “sérieux”. On se dit alors que ça doit être vrai. Ou pas.

Le 15 mai dernier, le site CNews Matin (anciennement Direct Matin) publie un article intitulé “Un pasteur tente de marcher sur l’eau et se fait dévorer par des crocodiles”. Sur la page Facebook du journal, la publication (partagée 500 fois) est même agrémentée d’une petite phrase humoristique : “Il voulait suivre l’exemple de Jésus, ça s’est mal terminé”.

Selon l’article, la victime, Jonathan Mthethwa, officiait “dans une petite église de Mpumalanga, au Zimbabwe”. Une rapide recherche nous apprend cependant que le Mpumalanga est une province… d’Afrique du Sud. Ce pourrait être une simple erreur, mais en poursuivant la lecture, on peut légitimement douter du sérieux de cet article. On apprend par exemple que les crocodiles ne sont pas que des monstres assoiffés de chair humaine, ce sont également de fins gourmets. En effet, en deux minutes, tout ce qu’il restait de leur malheureuse proie c’était “une paire de sandales et son caleçon, flottant à la surface”.

Du journalisme copié-collé

Tout d’abord, d’où vient l’information relayée par CNews Matin ? D’un article du Daily Post, un média nigérian, mis en ligne deux jours plus tôt. Celui-ci cite The Herald Zimbabwe… qui n’a jamais rien publié de tel. C’est en réalité le site Zimbabwe Today qui a diffusé cette histoire le 24 mars. Mais c’est seulement après la publication du Daily Post qu’elle est devenue mondialement virale, du Nigéria à la Belgique, en passant par les États-Unis, la Russie ou le Brésil. Le point commun entre tous ces articles : des copiés-collés sans la moindre vérification.

Quelques vérifications rapides

Outre l’erreur géographique, on constate d’autres lacunes :

  • aucune date n’est donnée (malgré tous les détails cités ci-dessus,personne ne semble en mesure d’apporter cette précision) ;
  • aucun lien vers un article de la presse locale relatant cet événement ;
  • une seule source citée, un certain Deacon Nkosi, présenté comme un fidèle de l’église ayant assisté à la scène ;
  • aucune image (de la victime, du drame, du témoin, du lieu, etc.);
  • et, surtout, aucune vérification.

L’article du Daily Post indique que les services de secours sud-africains sont intervenus 30 minutes après mais qu’ils n’ont rien pu faire. À l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, il était possible de les interroger directement. Voici leur réponse :

We have no record of this incident and we did not release a statement regarding this. (Nous n’avons aucune trace de cet incident et nous n’avons pas publié de communiqué à ce sujet.)

En cherchant le nom de la supposée victime sur Google, Alastair Reid, un journaliste américain, a retrouvé la plus ancienne publication le mentionnant : il s’agit d’un article publié en février dernier sur le site National News Bulletin dont la rubrique About Us est explicite : “Pure African Satire”.

Si l’article de CNews Matin n’est plus accessible, il n’y a cependant aucun message d’erreur et celui-ci est toujours référencé dans le moteur de recherche du site.

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